Je n’ai rien à voir avec la Joconde
Atelier — 2021-2022 · Clinique Saint-Paul, unité Van Gogh · Saint-Rémy-de-Provence
distribution & partenaires
Avec Marie Lelardoux — metteuse en scène
Avec Anne-Sophie Derouet — comédienne
Avec Didier Nadeau — photographe
Partenariat Théâtre des Halles — Maison de Santé Saint Paul et Van Gogh
DRAC PACA — Appel à projet Culture et Santé 2021-2022. Avec le soutien de l’Agence Régionale de Santé PACA, la DRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur — Ministère de la Culture et la Région Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Un projet de création, avec un thème posé dès le départ : « L’interprète »
La Compagnie émile saar, dans le cadre de l’appel à projet Culture et Santé, a mené en 2021-2022 des ateliers à la Maison de Santé Saint-Paul de Saint-Rémy-de-Provence, à l’invitation du Théâtre des Halles d’Avignon. Marie Lelardoux, metteuse en scène, est particulièrement sensible à la question de l’hospitalisation et du maintien d’une autonomie à l’intérieur d’un cadre de soins. La Compagnie émile saar a réalisé de nombreuses résidences au 3 bis F et a été accueillie en résidence longue en 2015. Les ateliers se sont déroulés à la Clinique Saint Paul de Saint-Rémy-de-Provence, à l’unité Van Gogh, qui accueille en psychiatrie des femmes en séjours courts, et ouverts. Le projet s’est déroulé sur l’ensemble de l’année 2021-2022 sur la base du volontariat pour les femmes et en présence d’infirmier·e·s, participant à chaque séance. La moitié des séances ont été menées par Marie Lelardoux, metteuse en scène, seule, et l’autre moitié en équipe avec Didier Nadeau, photographe, et Anne-Sophie Derouet, comédienne. Le point de départ des ateliers était la volonté pour la Compagnie de travailler sur le portrait et la question de l’interprète, ou : comment parler de soi en témoignant moins de choses vécues que du regard que l’on porte sur un paysage, ou sur une œuvre d’art. Mrs Dalloway de Virginia Woolf a accompagné le groupe, jusqu’à ce que collectivement il soit décidé de prendre La Joconde comme sujet de travail et figure iconique de l’ensemble du groupe.
Une présence artistique au long cours au sein de l’institution psychiatrique
Les ateliers se sont déroulés toute l’année 2021-2022 à raison de deux séances mensuelles, tous les mercredis matins. La durée oscillait entre 1h30 et 2 heures. Les ateliers ont eu lieu dans une très belle salle de la clinique, salle qui était un vrai décor (fabriqué pour le tournage du film Camille Claudel de Bruno Dumont). L’un des enjeux, lié à la contrainte d’un aboutissement en fin d’année sous forme d’une présentation, était de constituer un groupe fidèle — une gageure étant donné que les patientes ne restaient pas hospitalisées sur le temps d’une année. De septembre 2021 à janvier 2022, Marie Lelardoux s’est rendue à Saint-Rémy, et y développait un atelier construit chaque semaine par un temps d’échauffement, de lectures, d’improvisations individuelles diverses, de descriptions de paysages liés au site même ou à la mémoire des personnes. Avec le soin d’une approche progressive de la présentation de soi face aux autres, de la tenue de corps et de la présence silencieuse, un rituel s’est mis en place, répété à chaque séance, quelle que soit la constitution du groupe : une phrase chorégraphique composée de sept gestes liés et appris par cœur, puis répétés à l’arrêt, en marchant, en groupe ou seule, et sur différents rythmes (inspiration de la fameuse Nelken Line de Pina Bausch). Sur ces quatre premiers mois, le groupe a évidemment varié, en fonction des entrées et des sorties, de l’adhésion ou non des personnes à l’atelier, et bien sûr de leur état de santé chaque semaine. Le groupe variait entre 8 et 12 participantes, sans compter l’infirmier·e présent·e, participant aux séances. Les temps de présence se sont resserrés et ont pris la forme de résidence à partir de février 2022. L’équipe de santé a alors imposé un engagement de la part des participantes, et une présence à chaque atelier. Ce format paraissait idéal : les ateliers avaient lieu deux matinées consécutives, partagés entre l’apprentissage de la partition scénique (désormais établie à partir des ateliers de l’hiver) et des séances photos individuelles. Puis le déjeuner était partagé collectivement, avant des temps de discussions et de révisions lors des après-midis.
« Je n’ai rien à voir avec la Joconde » — Gala et film documentaire
Pour préparer les temps de restitutions, quatre journées de résidence ont eu lieu. La restitution a pris pour titre la phrase d’une participante : « Je n’ai rien à voir avec La Joconde ». Deux Galas ont eu lieu : le 29 juin 2022 à la Clinique Saint Paul et le 6 juillet 2022 au Théâtre des Halles. Le directeur de la clinique, Mathieu Forgeat, a souhaité commander une trace de ce travail au documentariste Gautier Isambert. Un documentaire intitulé « Je n’ai rien à voir avec la Joconde » a été projeté une première fois aux patientes, et sera projeté publiquement à la Clinique le 16 octobre 2024.
Temps de pause et constitution d’un chœur — le regard de Marie Lelardoux
Ces ateliers sont présentés comme un temps de « pause » par les participantes. « Les emmener « ailleurs », tout en respectant leurs possibilités et personnalités si différentes, était ma ligne de conduite. L’une des patientes, à l’issue des représentations, a salué « la troupe » que nous avions constituée. En effet, un esprit de solidarité, d’entraide s’est développé, et je dirais d’exigence et de soutien. Le groupe a trouvé son organicité, chacune soutenant l’autre en fonction des moments et des états (toujours variables) : constitué de patientes encore hospitalisées et d’autres, déjà sorties et revenant pour les ateliers. Je ne sais si l’on peut parler de joie dans le travail, mais une grande fierté de la part de toutes, jusqu’aux deux représentations, où elles ont été mises en valeur par leurs présences et leurs capacités (d’humour, d’élocution, etc., selon les personnalités). Le travail reposait sur la constitution d’un chœur, et semble avoir influé aussi sur la vie du groupe. »
— Marie Lelardoux, octobre 2022
Crédits photos : Didier Nadeau.